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Un jour, en examinant de près une magnifique carte de la baie de Sept-Îles de 1761 du cartographe français Jean Nicolas Bellin au Musée régional de la Côte-Nord, j’ai découvert une inscription : « Le nord du monde »; terre à terre ou tout à fait technique peut-être, cette inscription, comme une étincelle, a fait jaillir du fond de mon être quelque chose d’immense, de lumineux et de puissant : le goût du nord.

 

Avec les mots de Jean Desy comme bagage, mon imaginaire, toujours nourri par cette nature si riche de la Minganie, de la Côte-Nord, dans laquelle je plonge chaque jour, je m’avance vers le nord.

Le nord du monde

2015
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Le retour des oiseaux

 
2015

L’œuvre que j’ai réalisée pour le sentier Quétachou est une volée d’oiseaux qui revient après une absence provoquée par le feu. Le retour des oiseaux est un hymne à la vie et à l’espoir.

 

Longtemps j’ai marché à la Quétachou dans le silence. Aucun bruit , aucune trace; que la forêt brûlée avec ses arbres noirs. J’avais de l’inquiétude et j’ai douté de la nature. J’ai cru que jamais ne reviendraient les oiseaux. Un jour, alors que je me demandais où installer mon œuvre, j’ai les ai vus arriver dans le ciel de toutes les couleurs et de toutes les sortes. Ils se sont posés là où aujourd’hui il y a comme figé dans le temps, une volée d’oiseaux de bois.

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Forêt noire

Angoisse et fragilité

Et soudain, en un long cri d’agonie, le territoire s’étiole, se perd dans sa propre grandeur, brisé par l’avidité et l’urgence. Territoire indécemment mis à vif ou mis en quarantaine. Un territoire qui nous attriste, qui nous rend nostalgique.

 

Pour certains artistes, le territoire est pleinement assumé. Enfants du pays et enracinés, ils appartiennent à cette terre et leurs oeuvres s’y expriment sans détours.

 

Le village de Chantal Harvey a échappé de justesse à un feu de forêt et surtout au fléau de l’indifférence. Tracées au fusain d’une main fébrile, les vagues de chaleur traversent son territoire comme autant de petites veines brûlantes, intenses. Son oeuvre volubile, presque joyeuse dans sa facture toute en dentelle, laisse espérer une renaissance prochaine.

 

 

Extrait du  catalogue de l’exposition territoire magnétique (page 5)

texte de présentation écrit par Micheline Huard, commissaire

2014
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Entre chien et loup

Entre chien et loup offre une vision du territoire occupé et vivant. Dans un univers de clairs-obscurs, l’ambiance théâtrale invite le spectateur dans des scènes où les bêtes sauvages se partagent les rôles. Les estampes, réalisées en gravure sur bois, vibrent de cette énergie brute de la gouge et célèbrent la beauté rude de la faune qui peuple le quotidien de l’artiste. Imprimées sur papier japonais, leur force brute s’oppose à la fragilité aérienne du support translucide. Une peau de caribou, telle la toile inusitée d’un tableau en pochoir, devient dentelle, et joue avec la lumière.

 

Afin d’appuyer l’effet de mise en scène de ce bestiaire, l’artiste joue avec l’espace d’exposition. Les œuvres bidimensionnelles se déploient dans l’espace, occupent le sol, s’évadent du mur. L’éclairage accentue cet effet en devenant partie intrinsèque des œuvres installées, jouant à cache-cache avec le vide, devenant icône à travers des projections disséminées sur les surfaces des murs.

 

Entre chien et loup, entre la lumière et la noirceur, le contre-jour exhibe son mystère…

 

Musée régional de la Côte-nord , Sept-Îles 

2011
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Nitassinan

2009-2010

Que devient le paysage par-delà son immensité ? Quelles en sont les dimensions véritables, humaines ou absolues ? Qu’il soit infiniment grand ou infiniment petit, le paysage est un dédale de formes, d’enchevêtrements, de matières complexes, d’éléments en mouvement… Un monde confus que l’artiste ne cesse d’explorer, non tant pour copier la nature que pour tenter de saisir une infime partie de son anarchique beauté.

 

Il ne suffit pas de « voir » le paysage de la Minganie. Il faut l’avoir « vécu » pour en mesurer toute la beauté et la complexité. Il faut l’avoir arpenté pour en deviner la diversité. Il faut l’avoir fréquenté au fil des saisons pour voir ses couleurs, sentir ses odeurs, entendre ses murmures ou ses clameurs, et pour peut-être comprendre un peu la folie de l’artiste qui le célèbre.

 

Les gravures de Chantal Harvey nous permettent de capturer un peu l’insaisissable.  Sur le papier, le chevauchement des traits et la superposition des couleurs imprimées par passages successifs mettent au monde un mystère. Mais sur la plaque de bois, dans un geste qui s’oublie, la matrice gravée témoigne de l’intensité des émotions.

 

« L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu »

Charles Baudelaire

 

Chantal Harvey ne s’effarouche pas et tente l’impossible. À force de patience et de passion, elle nous livre « son » paysage, une représentation admirablement juste et vivante de ce qu’elle honore, cette Côte où elle a vu le jour, où elle a choisi de revenir vivre. Pour nommer ce paysage, elle emprunte à la Nation innue le nom Nitassinan, territoire et lieu de vie, un mot porteur de sens qui commande le respect des Hommes.

 

 

Texte d'introduction écrit par Christine Dufour pour l'exposition  Nitassinan au Musée régional de la Côte-Nord

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Suite Côte-Nord

2005-2006

Suite Côte-Nord est un polyptique de 23 gravures réalisé en 2005 et 2006. Il  est né d'une rencontre qui a eu lieu à mon atelier à Baie-Johan-Beetz où j'avais invité René Derouin à se joindre à moi pour une résidence de création autour du thème de l'identité Nord-Côtière. Cette série a été présentée dans son intégralité au Musée régional de la Côte-Nord en juin 2006 et à la Maison de la Culture Notre-Dame de Grâce à Montréal en 2007.

 

Suite Côte-Nord est un long paysage horizontal qui se déroule de la forêt boréale en passant par la taïga pour se jeter dans la mer. C’est mon interprétation du territoire nordique dans lequel je vis. Un paysage où la nature qui nous entoure dégage à la fois force et fragilité; où l’immensité parfois étouffe; où la végétation souvent miniature fait corps avec la pierre.

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Autres œuvres

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Projets d’intégration des arts à l’architecture

SPARK! Des étincelles plein les yeux ! 

Centre communautaire de Gros-Mécatina, Gros-Mécatina, 2018

Le voici donc, brillant, tout juste sorti des eaux froides de la mer. Bien allongé sur son bloc erratique, ventre en l’air : voici le loup-marin. Rassembleur et joueur, à l’image de son cousin l’otarie dans les cirques, il divertit et jette des étincelles plein les yeux! Dans ce décor où la nature est la star, ce clown luisant jongle avec un ballon rouge. C’est une bouée, celle que l’on retrouve en grande quantité sur chaque bateau de pêcheurs.

 

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Le jardin secret

SEPAQ Anticosti, Auberge de Port-Menier, Port-Menier, 2018

Là où, dans un mouvement infiniment lent, les roches murmurent l’histoire de la terre. Là où les rivières coulent telle des veines turquoise à travers des canyons parsemés de fossiles. Là où l’on découvre les millénaires passés et la vie en perpétuelle métamorphose. Là où vit le saumon, roi des rivières!

 

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La mer

 
Complexe aquatique de la Minganie, Havre-Saint-Pierre, 2018

Parfois, la mer est une huile sur laquelle joue des reflets métalliques où, emportés par des courants tranquilles, des chemins de frissons se dessinent. D’un coup de vent,  la mer se gonfle d’une ampleur sans bornes. C’est alors qu’apparaissent les moutons du large et les vagues déferlantes et vertes sur nos pieds.

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À travers le hublot

Pavillon universitaire Alouette, Sept-îles, 2015
 

Suspendue dans l’espace, cette forme ronde possède un grand pouvoir d’évocation et nous invite au voyage. Nous traversons le temps.

Nous sommes sur la mer. Au large, une terre se dessine. Il s’agit d’une côte nordique, une terre vierge avec ses rochers et ses épinettes noires, sans doute la première vision qu’ont eu les premiers arrivants européens en apercevant notre Côte depuis leur navire. Le voyage se poursuit.

Mêlé au bruit des vagues, au loin, un son se fait entendre: c’est le teueikan, le tambour sacré des Innus. Il nous transporte au coeur du Nitassinan, là où vivent le caribou, l’ours noir et le castor. Il symbolise l’âme autochtone et le protecteur de la culture ancestrale, l’harmonie de l’homme et la nature, la rencontre des cultures.

Tout est possible. Nous sommes à l’ère des grands développements. Rien ne peut arrêter la grande horloge du temps. La roue tourne, l’énergie est là. La nouveauté nous appelle.

Nos sens sont aiguisés, notre imaginaire bouillonne. Toujours en mouvement, comme des nomades, nous poursuivons le voyage. Avides de découvertes, nous sommes à l’affût de tout. Nous sommes des voyageurs sur le chemin de la vie. Tournés vers l’avenir, le vent nous porte là où l’horizon s’élargit.

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Le messager de la route blanche

Aérogare de Tête-à-la-baleine, Tête-à-la-baleine, 2012
 

Jos Hébert, natif de Berthier, arrive à Tête-à-la-baleine à l'âge de 15 ans où, comme tous les habitants de la basse-Côte pratique la pêche et la chasse au loup-marin.C'est en 1879 qu'il est nommé responsable de la livraison du courrier entre Pointe-aux-Esquimaux (aujourd'hui Havre-st-Pierre) et Blanc-Sablon. 

Pour évoquer ce magnifique personnage de notre histoire, j'ai choisi comme support la peau de loup-marin. Bien sûr, selon les écrits, Jos Hébert était un très bon chasseur de loup-marin et le loup-marin faisait et fait encore partie des ressources importantes en Basse-Côte. On mange la viande du loup-marin et on utilise la peau et les os pour de l'artisanat, fabriquer des vêtements des bottes etc.. Tête-à-la Baleine a même déjà eu une tannerie au village qui a malheureusement fermé à cause de l'impopularité de la chasse. De créer une oeuvre sur la peau de phoque pour moi est un hommage au gens de Tête-à-la Baleine et à tous ces gens de la Basse-Côte-Nord attachés à leur coin de pays ,qui savent en reconnaître les richesses et surtout qui savent en profiter dans le plus grand respect de la nature. À tous ces gens qui  qui vivent toujours isolés par la route (heureusement moins qu'à l'époque de Jos Hébert) je salue le courage et la détermination.

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Tout feu tout flamme

 
Centre communautaire et sportif, Baie-Comeau, 2010

Qui, sur la Côte-Nord, où la mer n'est jamais bien loin, ne s'est pas retrouvé un soir de pur bonheur à la lueur dorée d'un feu pétillant sur la plage, à chanter ou à discuter sous les étoiles? Le feu a ce pouvoir de délier les jambes pour danser, permettre aux chants de s'élever très haut dans la nuit ou provoquer des conversations pleines d'étincelles.

 

J'aime le feu pour son côté immatériel et pour la tranquillité qu'apportent sa chaleur et son doux crépitement.

 

Le feu est magique; il donne force et ardeur. À travers ses flammes ondulantes, il libère l'énergie créatrice et tout le pouvoir de l'imagination.

 

Sa couleur est celle du soleil, lumineuse et régénératrice. Poussées par le vent, ses flammes transportent avec elles vivacité et dynamisme jusqu'au cœur de l'action.

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Les porteurs de mémoire

Centre de santé de Blanc-Sablon, Blanc-Sablon, 2009

L'œuvre se présente en deux volets. Le premier volet, représente un iceberg, ce grand monument de glace qui se déplace au gré des vents et courants. Témoin millénaire, il porte dans son cœur les humeurs de la terre. Le géant, au cours de son errance, fait escale à Blanc-Sablon. Il illumine alors le paysage de son blanc bleuté. Sa masse errante représente le temps qui passe ; des millénaires appelés à s'évanouir dans l’eau salée de la mer.

 

La deuxième partie de l'œuvre, illustre un autre aspect du paysage typique de la Basse-Côte-Nord : Les roches erratiques, ces grands rochers suspendus au bord des falaises ou coincés au milieu d'une ride granitique. Porteurs de mémoire, ils nous transportent au temps des glaciers, il y a 10 000 ans. Des lieux qui ont vu défiler 9000 ans d’histoire d'occupation humaine, lors desquels des peuples nordiques, autochtones et européens ont chacun laissé la trace infime de leur passage. Ils occupent un lieu encore et depuis toujours désertique, rocheux, où tente de pousser une végétation tenace et obstinée. Un lieu où la nordicité se dessine avec force, un lieu où l’âge de la terre se mesure par les traces de son mouvement minéral.

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Les oiseaux de passage

Centre jeunesse Gaspésie / Les Îles La Balise, Bonaventure, 2005
 

Tel un courant d’air, une volée d’oiseaux passe au-dessus de nos têtes. En dépit de leur apparente fragilité, ces petits êtres possèdent une force et une détermination peu commune. Ils parcourent des kilomètres et des kilomètres malgré le vent, le froid et toutes les intempéries. Ils poursuivent inlassablement leur quête d’un monde meilleur. Un fil tendu leur permet de prendre une pause et de faire le plein d’énergie; il est aussi un ancrage solide auquel ils peuvent s’accrocher momentanément, un repère, une sécurité. Ensuite, les oiseaux peuvent continuer leur périple sans cesse nourri de nouvelles expériences.

 

Le Centre La Balise est un oasis de paix, un refuge où les passeraux s’accordent une trève. Ils reprennent des forces et poursuivent leur voyage, leur grande migration sur le chemin parfois difficile de la vie.

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